8/04/2010

La monstrueuse humanité de Dragan

De nos jours

Lyon, 14 juillet 2010

Quelle belle nuit, la lune éclaire la voûte céleste d’un fin sourire ce soir. J’aime cette clairière, l’été on y respire milles odeurs. Je m’appelle Dragan et cette nuit ça fera 170 ans que j’ai 51 ans… J’ai fait un étrange rêve pendant la journée, un appel que le destin me lançait et j’y répondais, c’est tout ce dont je me souviens, ça… et ce sentiment envahissant d’étrangeté.
Ce soir je suis un vampire à l’humeur nostalgique alors laissez moi vous conter ce que fût ma vie pendant 221 ans.


L’âge de l’innocence

Ce que je sais de ma naissance c’est ma créatrice qui me l’a raconté…

Paris, 23 octobre 1788

Le soleil a laissé sa place à la lune depuis une bonne heure, Juliette 15 ans, bâillonnée, en sanglots, des larmes dans les yeux est penchée en avant sur une motte de foin, sa jupe relevée au dessus de ses hanches et ses bras attachés à une poutre. Derrière elle un homme est en train de la violer avec sauvagerie, c’est le quatrième, elle entend les autres rigoler plus loin, des odeurs de vin et de sueur se mêlent dans l’air, elle n’a pas vu combien ils étaient quand ils l’ont attrapé dans cette ruelle, et la voilà dans cette étable délabrée en train de se faire défleurer par quelques jeunes bourgeois sans scrupules.
Trois pénis plus tard un des hommes s’avance vers elle il coupe ses liens à l’aide d’un couteau, la balance à terre et lui envoie de la menue monnaie au visage accompagnée d’un « merci pour le service ma belle, on remet ça quand tu veux ». C’est d’un rire mauvais qu’il s’éloigne pour rejoindre ses amis, laissant Juliette seule avec sa douleur et sa honte en train de ramasser sa dote.

Paris, 14 juillet 1789

Juliette se cache de sa famille depuis cinq mois environ, il ne faut pas qu’on la voie ainsi, elle se débrouille pour survivre en faisant quelques passes si nécessaires, la vie a été cruelle avec elle, une nuit aura suffit à faire de cette fille d’artisan une catin engrossée. Elle a perdu les eaux il y a quelques minutes et maintenant elle attend à l’ombre de cette ruelle d’expulser le fruit de sa malédiction. Trois heures plus tard elle m’abandonne, moi, le fruit d’un viol. Je gis à même le sol froid, humide et sale de cette impasse sans nom.
Minuit sonne, au loin on peut entendre l’effervescence de la révolution en marche gronder, le peuple n’a pas fini de fêter ce jour historique, l’un des plus sanglants de l’histoire de France. Ma mère est partie, me laissant ici, seul. Sans pleurer j’apprends à respirer, mes petites mains potelées cherchent quelque chose, elles ne trouvent rien. Mes yeux mi clos creusent l’obscurité du fond de l’impasse, une silhouette informe se laisse deviner : une jeune femme, très belle. Elle s’avance vers moi, elle porte une unique robe noire, à la faible lueur des lieux on peut voir son visage, un visage d’enfant sur un corps de femme, le contraste est choquant, presque malsain. Avec grâce elle se penche sur moi et me prend dans ses bras, elle murmure comme pour elle même : « je t’ai attendu si longtemps ». Elle laisse doucement glisser sa robe le long de son épaule gauche révélant un sein au galbe parfait, à l’aide d’une griffe métallique, seul ornement aux doigts de sa main droite, elle se pique le téton. Du sang commence à perler, elle m’approche de sa poitrine, et instinctivement je colle ma bouche contre son sein ensanglanté. C’est sans retenu que je bois ce fluide vital mit à ma disposition. La femme commence à s’éloigner lentement vers la sortie de l’impasse en me berçant avec douceur et au hasard d’un rayon de lune nous disparaissons… Comme si jamais nous n’avions été là. Une heure plus tard le couple atypique que nous formons réapparait aussi mystérieusement qu’il a disparu plus tôt. La femme enfant porte un couffin dans ses bras, elle m’a lavé et emmitouflé dans un linge propre, elle m’embrasse sur le front, je dors à poing fermé. Elle dépose son fardeau devant une lourde porte métallique. Sur un écriteau à côté on peut lire “Orphelinat Saint Antoine, établissement d’éducation catholique”. Elle s’assoit sur les marches et me murmure quelques mots : « Mon amour tu auras une longue vie bien remplie, et quand tu seras mûr, je viendrais te cueillir et alors nous serons enfin heureux toi et moi, éternellement. » Après quoi elle se lève, frappe lourdement la porte à trois reprises puis disparaît dans les ombres qui animent la nuit. Ainsi on m’a abandonné deux fois la nuit de ma naissance.


L’âge de l’ignorance

Paris, 3 janvier 1800

J’ai déjà 10 ans, je sais que je ne suis pas un enfant normal et aujourd’hui je le paye une fois de plus, torse nu dans le froid mordant de l’hiver et à genoux dans la neige au milieu de la cour centrale de l’orphelinat. Je récite sans fin des “Notre Père” et “Je vous salut Marie” à sœur Bénédicte. La Mère supérieur a ordonné que je sois libéré quand enfin je pleurerais. Mais je n’ai jamais pleuré, j’ignore tout de ce que ça fait d’avoir une larme qui coule sur ma joue et je ne sais pas comment faire. A vrai dire j’ignore tout ce qui a trait aux émotions, aussi loin que je me souvienne je n’ai jamais rien ressenti, ni joie, ni haine, ni souffrance, ni amour. Je n’ai aucune empathie. Je ne fais que réagir de manière pragmatique aux épreuves que la vie me fait vivre, quand Jonas m’a poussé en se moquant de moi je n’ai fait que me défendre, comment aurais-je pu savoir que lui planter le piolet dans la jambe était mal ? Action, réaction. Agression, riposte.
Aujourd’hui j’ai comprit une chose, je vais devoir apprendre à analyser les émotions des autres pour réagir conformément aux critères humains, car oui, je pense que je ne suis pas tout à fait humain, il me manque quelque chose, je n’ai aucune conscience du bien et du mal. Il paraît que nous descendons tous d’Adam et Eve, c’est ce que l’on m’a apprit pendant les cours de catéchisme de l’orphelinat, et c’est Adam et Eve qui ont mangé le fruit de la connaissance du bien et du mal. Pour cette raison, aujourd’hui tous les hommes ont accès à cette connaissance et c’est ce qui souille notre âme. Apparemment je ne descends pas d’Adam et Eve moi, sinon je comprendrais le bien et le mal. Est-ce que ça veut dire que mon âme est pure ?

Paris, 17 avril 1801

C’est la première fois qu’on m’envoie travailler dans la cuisine, sœur Angélique m’a demandé d’éplucher les oignons et de les couper en tranche. Je m’exécute, ça me pique, un liquide salé coule de mes yeux, est-ce ça les larmes ?

Paris, 22 septembre 1802

Je me suis encore battu aujourd’hui. J’ai comme à chaque fois été puni, je commence à me débrouiller en imitation d’émotions humaines et j’ai toujours des morceaux d’oignons dans une poche, je les presse avec ma main puis je me frotte les yeux. Depuis que je fais ça j’ai l’air plus humain… Car je pleure. Je ne comprends pas grand-chose à tout ça, mais ce jeu améliore ma condition de vie donc j’ai tout intérêt à continuer comme ça.

Paris, 13 avril 1804

Les sœurs nous ont emmenés dans la campagne à côté de Paris, je me suis écarté un peu du groupe, comme souvent Jonas est venu m’embêter, il m’a attaqué avec un bâton, pour me défendre j’ai prit un gros caillou, je l’ai atteint au visage, il est tombé, il saigne beaucoup et il ne bouge plus. Je pense qu’il doit être mort. Je traîne le corps jusqu’à la rivière pas loin et je le balance à l’eau, je pense que c’est mieux, la punition pour avoir tué doit être plus douloureuse que celle pour avoir blessé, ne pas en parler me paraît être une sage décision. Je retourne vers le groupe discrètement. On partira deux heures plus tard que prévu après que les sœurs aient abandonné leurs recherches pour retrouver Jonas.

Paris, 3 mai 1804

La police a retrouvé le corps de Jonas, il flottait dans un étang, surement le courant qui l’aura porté jusque là. Comme le corps est resté trop longtemps dans l’eau ils n’ont que très peu d’indices, j’ai surprit cette conversation entre sœur Rose et sœur Bénédicte.

Paris, 14 juillet 1810

J’ai 21 ans aujourd’hui, je travaille déjà depuis trois ans pour un forgeron dans le quartier, mais aujourd’hui je quitte l’orphelinat, enfin. Avec les années j’ai apprit à être un parfait petit être humain, néanmoins, je ne comprends toujours rien au bien et au mal et les émotions sont une grande inconnue pour moi. J’aimerais savoir ce que c’est que de ressentir une émotion… par curiosité.


L’âge de l’iniquité

Paris, 20 août 1810

L’empire de Napoléon est à son apogée, malgré moi je suis enrôlé comme forgeron dans la grande armée impériale. C’est étrange de voir l’exaltation de mes camarades alors que moi rien ne m’anime.

Moscou, 18 octobre 1812

Après des victoires écrasantes sur l’armée russe l’ordre de retraite a été donné seulement un mois après la prise de Moscou, l’absence de nourriture et le froid sont plus durs à combattre qu’une armée. Les hommes sont nerveux, de nombreuses bagarres éclatent dans les rangs de l’armée impériale. Je regarde ce spectacle d’un œil absent, ça ne me fait rien, je ne comprends pas ce qui motive les humains à réagir de manière si émotive.

La Bérézina, du 25 au 29 novembre 1812

Nous arrivons sur la rive droite de la Bérézina, sur ordre de l’empereur des pontonniers hollandais commencent à fabriquer deux ponts. En amont l’armée impériale défend notre position. Le lendemain un premier pont est achevé. L’empereur sachant que les russes attaqueront par les deux flancs, ordonne qu’une partie de l’armée traverse. Pendant ces quelques jours d’immobilité beaucoup d’hommes meurent de froid ou se retrouvent amputé d’un membre nécrosé à cause d’engelures persistantes, la température ne monte jamais au-dessus de -20°c, la colère gagne les soldats un peu plus chaque heure, les conflits internes s’aggravent. Le 27 au soir sur ordre de l’empereur vivres, armes et munitions sont distribuées, des messages d’encouragements sont récités par des officiers, le moral remonte légèrement. Ce manège est des plus étrange car je ne me sens pas du tout concerné, je suis là pour fabriquer et entretenir des armes et je ne vois pas la nécessité de se plaindre, ça me paraît inutile plus qu’autre chose. Quelques hommes m’ont fait remarquer que j’étais surement béni par Dieu lui-même car je n’ai même pas eu le début d’un rhume depuis que nous sommes partis en guerre.
Le 28 au matin les russes attaquent, mais c’est trop tard, la défense impériale est bien en place et la position est gardée permettant au gros des troupes d’évacuer. Dans cette bataille j’ai reçu une balle perdue dans l’œil gauche, ce genre de blessure ne pouvant être soignée correctement dans ces conditions et les risques d’infection étant trop important, un médecin ordonne une énucléation. Aucun anesthésiant ici, l’infirmier qui se charge de moi me demande de m’allonger car je vais sans doute m’évanouir, la douleur étant trop intenable. Durant toute l’opération je reste de marbre, pas un cri, pas une larme, autour de moi on me prend pour une bête de foire, apparemment c’est du jamais vu, moi j’ai juste hâte que ce soit fini pour retourner au travail. Après qu’on m’ai apposé un bandage sur la paupière gauche je me regarde dans un petit miroir, je repense à ces hommes qui pensaient que j’étais béni…
Durant toute la nuit des annonces sont faites que les ponts seront brûlés au matin, les retardataires doivent traverser maintenant. Malgré les avertissements nombreux sont ceux à rester immobile de l’autre côté car trop épuisés, blessés, malades, gelés et j’en passe. Quand les ponts s’embrasent le 29 au matin, ces mêmes gens semblent se rappeler la réalité et j’assiste à un spectacle étonnant, des hommes qui étaient sans force se lancent dans la traversé de ponts en flammes, d’autres se jettent à l’eau pour traverser à la nage, je m’avance pour assister à ce spectacle de plus prêt, j’ai comme un frisson, c’est la première fois que ça m’arrive, serait-ce une émotion ? Je vois des dizaines d’hommes se jeter à bras ouvert dans la mort par désespoir, pourquoi n’ont-ils pas traversé quand on le leur a demandé ? De toute évidence ils avaient la force de le faire en fin de compte. Un inconnu en flamme tombe à quelques mètres de moi, je me rapproche de lui, il hurle de douleur, tend un bras vers moi, j’aperçois son regard apeuré à travers les flammes qui lui brûlent la chair, lentement il s’éteint et moi je reste là immobile à le regarder mourir, pour la première fois de ma vie je ressens quelque chose et si je devais le définir ça se rapprocherait de « bien fait pour toi ».

Reims, 7 avril 1814

Je suis en poste à la garnison de Reims depuis la dernière bataille. La nouvelle vient d’arriver au front, l’empereur a abdiqué hier. Les russes et les allemands envoient des émissaires vers la ville pour parler de possibles accords de paix provisoires en attendant que soient étudiés les futurs traités, comme pour beaucoup de choses, à la politique non plus je ne comprends rien. Je constate que la plupart des hommes se réjouissent de la situation, c’est la fin de la guerre. Les cadavres vont me manquer.


L’âge de l’innommable

Paris, 13 juillet 1814

J’ai reprit mon ancienne place de forgeron depuis que la guerre est terminée. Il est tard, la nuit est déjà tombée. Quand je rentre chez moi en coupant à travers les taudis, je ne ressens pas la peur que je peux voir sur les visages des hommes à l’idée de marcher la nuit dans ces quartiers. Comme toujours, quelques catins essaient de m’aguicher, je ne comprends pas pourquoi les autres hommes changent devant ces femmes, j’ai décidé d’essayer, j’irais avec la prochaine. C’est une rousse, plus vieille que moi, je la laisse me mener jusque dans une chambre d’un bouge du coin assez lugubre, elle enlève sa robe sale et s’allonge sur une couche nue, elle m’indique de me déshabiller, je m’exécute curieux. Je m’approche et elle commence à me caresser la verge, au début rien, mais lentement je sens monter de l’excitation en moi, c’est plaisant, et étrange. Elle m’annonce qu’on ira plus loin qu’une fois qu’elle aura vue la monnaie, je sors quelques pièces, elle s’en empare et les fourres dans sa robe avant de revenir vers moi. J’ai le pénis qui a durci, elle écarte les jambes devant moi et m’explique quoi faire, je glisse mon pénis entre ses cuisses, quelle étrange et plaisante sensation, j’accélère le mouvement de va et vient, c’est une excitation nouvelle. Sans crier gare elle me pousse violemment en arrière, ma tête cogne contre le coin d’un meuble, je saigne un peu, rien de grave, elle me hurle de dégager et de ne jamais revenir, elle est en pleure, je quitte les lieux. Alors c’est ça qui attire les autres hommes ? Je ne comprends pas. Je suis dans une ruelle, j’ai une sensation désagréable, je suis toujours excité, je dois faire quelque chose pour ça, je commence à me toucher le pénis, sans trop chercher comment je découvre la masturbation, après quelques minutes je suis submergé par des spasmes au niveau de la verge, mais la sensation me remonte jusque dans la nuque, je pousse un cri rauque, j’ai un genre de pisse gluante plein la main droite, je m’essuie sur mon pantalon, minuit sonne au loin, joyeux anniversaire Dragan tu viens de jouir pour la première fois de ta vie.

Paris, 23 juillet 1814

Voilà deux semaines que j’espionne la femme rousse, elle ne m’a pas encore remarqué, je guette une opportunité pour finir ce que j’ai commencé, j’ai l’intuition que ce soir sera le bon. Attente… Voilà, ma patience a payé, elle est seule dans l’obscurité, je m’approche par derrière, l’enserre fortement à la taille et au cou, je la tiens serré au niveau du cou jusqu’à ce qu’elle s’évanouisse, j’ai vu faire ça pendant la guerre. Je l’emmène discrètement dans la partie des taudis qui a été abandonné à cause des épidémies de peste, là bas jamais personne ne vous dérange. Après avoir trouvé une petite habitation abandonnée je la déshabille avant de l’allonger par terre, le moment est enfin venu. Je m’excite rapidement, c’est encore mieux qu’avec la main, elle reprend conscience, elle commence à crier, je l’attrape au cou avec mes deux mains, je serre fort, elle étouffe, ah c’est tellement bon, je sens que ça vient… Je hurle de plaisir, mon étreinte se desserre imperceptiblement, elle a le souffle court, elle essaie de me parler, je me penche pour écouter, elle chuchote… « je suis ta mère… ». Je la regarde droit dans les yeux, je serre son cou encore plus fort, je sens sa colonne vertébrale se briser sous la pression que j’exerce, cette sensation là est encore meilleure que le sexe, j’en veux encore ! Ce soir Juliette a cessé de souffrir…

Paris, 3 février 1818

Ici pas de lumière, l’obscurité est ma seule compagne, je jette mon fardeau dans le marais, une de plus… J’ai apprit que ce qui m’animait était des crimes mortellement punis, le viol et le meurtre, mais quand c’est moi qui agit n’est-ce pas un acte pur et dénué de toute ambition de faire le mal ? Je pense que je ne suis qu’un instrument, un outil au service d’une cause plus grande, et ne pas répondre à cet appel, ce serait là le crime. Elle flotte à la surface des eaux boueuses, un rayon de lune se reflète dans ses yeux restés ouverts, serait-ce un sourire qui anime ce visage sans vie ? Ou peut être que l’obscurité me joue des tours, je ne saurais dire, je me sens en paix avec moi-même. Son corps s’enfonce lentement dans les profondeurs des marécages, il va demeurer là à pourrir dans la vase avec les autres puis quand on la retrouvera il ne restera rien de ce qu’elle a été pour moi, à ma façon je les aime, oui c’est cela que les hommes doivent appeler l’amour.

Paris, 23 juillet 1819

Je suis dans ce nouveau quartier en plein essor, construit sur les restes d’un ancien quartier souillé par la peste, un ancien quartier qui m’a vu naître. Oui c’était ici, ici que j’ai enterré le corps de ma mère après lui avoir brisé la nuque. Il pleut, peut être est-ce ma mère qui pleure de joie de me revoir, une joie que je ne peux pas comprendre, une joie qui m’est étrangère, je ne connais que le plaisir ou le néant, ni plus, ni moins. Pourquoi suis-je venu ici ? Est-ce que je ressentirais le besoin de me recueillir ? Non ! C’est autre chose. Je dois prévenir ma mère que j’ai rencontré une femme, une femme qui me servira à parfaire l’illusion que je projette, elle me donnera des enfants et on sera un couple ordinaire dans ce Paris renaissant. Mère… Ses parents m’aiment bien, elle a une jeune sœur, j’ai envie d’en faire ma prochaine élue, elle travaille dans un cabaret et finie tard le soir, c’est idéal pour moi, elle a le profil, elle m’excite beaucoup. On va se marier cet hiver avec Elisabeth, oui c’est son nom. Non elle est différente, elle, elle s’offre naturellement à moi, je n’ai pas besoin de la forcer et elle n’a pas ce qu’il faut pour être une élue de toute façon, pas comme Lise sa jeune sœur, elle, elle est parfaite. Le temps passe vite mère, ça fait déjà cinq ans depuis cette nuit ou tu m’as fait ce cadeau, depuis je me suis amélioré, tu serais fière de moi, même si moi ça me serait complètement égal. Avec l’argent que je gagne je me suis payé des cours de français, j’ai apprit à lire et à écrire, dans mon métier ça ne me sert pas, mais si je veux pouvoir suivre l’évolution des enquêtes concernant les disparitions mystérieuses de ces femmes qui sévissent depuis cinq ans en ville, je dois pouvoir lire le journal. Regarde, je me suis même offert une montre, d’ailleurs je vais devoir te laisser, Lise va bientôt sortir de son travail, elle sera ma centième, je sais que ce nombre serait symbolique pour beaucoup, pour moi il n’est pas différent d’un autre… Adieu mère, je ne pense pas revenir un jour.

Paris, 1er août 1819

Je suis assis sur une chaise de notre cuisine, ma femme assise à mes côtés répond aux questions sans intérêts de l’inspecteur chargé d’enquêter sur la disparition de sa sœur. Je peux voir la tristesse gravée sur son visage, dans un geste profondément humain je lui essuie ses larmes à l’aide d’un mouchoir qu’elle a elle-même brodé. De temps en temps l’inspecteur se tourne vers moi comme s’il s’attendait à ce que j’apporte une lumière nouvelle sur la disparition de Lise… Aaaaah Lise… Je l’ai suivi pendant une dizaine de minute, elle se sentait traquée, mon instinct de prédateur me le hurlait et c’était enivrant de savoir à quel point j’étais tout puissant, quand j’en ai eu marre de la filer, j’ai fondu sur elle telle une ombre sortie du voile de ténèbres que la nuit avait jeté sur la ville, un vague cri étouffé et elle était déjà inconsciente. Pour Lise je voulais faire les choses en grand, j’ai attendu que le cabaret ferme, je m’y suis introduit par effraction. J’ai déposé son corps sur la scène, elle était prête pour sa dernière représentation, et j’en serais le metteur en scène… J’acquiesce d’un signe de la tête en regardant l’inspecteur dans les yeux pour ajouter du crédit à la réponse que ma femme vient de lui donner, encore une question stérile d’ailleurs, mais peu importe, je suis passé maître dans l’art de la comédie et j’arrive même à forcer une petite larme à me couler sur la joue, plus besoin d’oignons depuis bien des années. Devant nos mines déconfites l’inspecteur commence à ressentir de la gêne, il se propose de revenir plus tard, quand nous irons mieux, je l’invite à poursuivre avançant l’argument que je ne désire pas que ma femme ai encore à souffrir pareil moment plus tard, on saura se montrer fort et on souhaite lui fournir un maximum d’informations car s’il y a la moindre chance qu’on retrouve Lise… Retrouver Lise… Moi je sais bien que ça ne sera pas demain la veille que ça arrivera, au moment ou on parle son corps a déjà commencé à pourrir dans une eau poisseuse, des insectes se délectent de ses organes, des ragondins dévorent sa chair quand ce ne sont pas de ces poissons à l’appétit carnivore qui peuplent les marécages, un jour peu être son squelette sera découvert, une relique du passé impossible à identifier, des os poreux qui tomberont en morceaux au moindre contact. Lise, tu es l’un des bijoux de ma précieuse collection, pour toi j’étais comme un frère, tu me confiais tes secrets les plus intimes et tes désirs les plus fous, tu avais trouvé en moi ta pierre angulaire, et ça n’en a rendu ce moment que plus magnifique, lorsque tu as reprit conscience, que tu étais allongée là, sur cette scène, nue, et moi en toi en train de jouir, mes yeux fixés dans les tiens, et toi de découvrir l’horrible réalité, tu as voulu hurlé, mais déjà je serrais ton frêle cou de toutes mes forces jusqu’à sentir craquer ta nuque sous la pression de mes mains, indéfectibles instruments de ma destinée glorieuse, oui Lise tu es indiscutablement l’un des bijoux de ma collection, car j’ai vu dans tes yeux, j’ai vu au-delà de toute la beauté de l’œuvre, j’ai vu à quel point tu t’es sentie trahi, mais Lise, en vérité je t’ai offert ce que tu as toujours désiré et je sais que maintenant tu connais la vrai joie, l’exaltation, le bonheur à l’état pur, tu connais ce que moi, jamais je n’ai connu car ma vie n’est qu’un immense vide parsemé de petits moments de plaisir que je vol à l’occasion de rencontres nocturne… L’inspecteur nous salut, il a toutes les informations qu’il désire, il ne nous fait aucune promesse sinon celle que les forces de police feront tout leur possible pour retrouver Lise, il nous confie sur le pas de la porte qu’il a bon espoir que ça évolue, une unité spéciale a vue le jour pour enquêter exclusivement sur les disparitions. Après son départ j’accompagne Elisabeth dans la chambre, je lui fais l’amour comme un être humain, pendant un moment elle oublie le malheur qui l’accable et elle fini par trouver le sommeil. Moi je ne peux pas dormir, tous ses souvenirs m’ont excité. Cette nuit je ferais une place dans mon royaume à une élue, la chasse est ouverte !

Paris, 25 décembre 1822

Un repas de Noël en famille, les parents d’Elisabeth sont là. Je lui offre un parfum bon marché et quelques fleurs durement marchandés ce matin au marché, je sais qu’elle raffole de ces frivolités comme de nombreuses femmes, je fais semblant d’y accorder de l’intérêt. Elle me regarde avec un sourire, elle a trouvé le cadeau de mes rêves selon elle, je me demande si Lise n’est pas revenue à la vie pour m’offrir un second moment de pur plaisir… Raté ! Elisabeth est enceinte. Ainsi je vais avoir une descendance, conformément aux coutumes humaines j’affiche une exaltation non retenue, la prenant dans mes bras, l’embrassant avec fougue et passion et me précipitant auprès de son ventre pour le caresser et raconter des absurdités à son nombril.

Paris, 20 mars 1823

Je cours, c’était un piège, cette femme était un appât, heureusement que je ne l’ai pas honoré car elle ne mérite pas de faire parti de mon royaume cette traitresse. Quoiqu’il en soit, ils sont après moi, à partir d’aujourd’hui je vais devoir être plus prudent. Les mœurs humains sont vraiment étranges, ils n’ont aucun sens, toutes ces émotions qui les asservissent, c’est si… futile. Je pourrais être un guide pour eux, je pourrais être leur prophète s’ils étaient plus ouverts, mais ils ne me méritent pas, qu’ils restent leurs propres esclaves, c’est tout ce qu’ils méritent… J’arrête de courrir, ici je suis en sécurité, j’ai rejoint le flot des marcheurs nocturnes et nul n’a vu mon visage là bas, cette nuit je m’endormirais sans avoir assouvi ma faim.

Paris, 10 juin 1829

Je regarde ma femme et mes trois filles, Judith 5 ans, Gertrude 3 ans et Lise 2 ans. Je leur annonce qu’on va déménager, je vais avoir ma propre forge à Lyon, je gagnerais au moins deux fois plus, c’est une très bonne nouvelle. Je commencerais lundi prochain, je pars après demain à Lyon et elles me rejoindront dans le mois. Elisabeth à l’air incertaine, elle ne veut pas quitter cette ville, la peur de l’inconnu, typiquement humain. Néanmoins, elle fini par accepter cette idée car « c’est ce qu’il y a de mieux pour les filles après tout », ce sont ses mots. On mange un délicieux repas pour fêter l’évènement, puis après qu’elles soient toutes endormies je m’éclipse. Pour moi il est temps de fêter cet évènement d’une façon autrement plus appréciable, femmes parisiennes ce soir je vous offre une dernière danse.

Lyon, 13 juin 1829

Je vais devoir changer de mode opératoire, la baisse des disparitions sur Paris sera vite remarquée par tous ces enquêteurs qui sont après moi, je ne dois pas seulement changer de façon de faire mais imiter l’un de ces profanes qu’on pourchasse dans la région. Je parcours le journal local, ces temps ci un violeur sévi en ville, il laisse les cadavres derrière lui, c’est mieux que rien, même si laisser des indices me déplaît.

Lyon, 14 juillet 1829

Je l’ai prit en filature depuis une trentaine de minutes, il est étrange de voir comme il m’a été facile de le trouver alors que la police peine dans son enquête, ce doit être l’instinct de tueur qui m’anime. Je m’impreigne de ces gestes, de ces habitudes, la voilà, il l’a repérée, sa prochaine victime, il a plutôt bon goût. Il s’approche par derrière, je devine une seringue dans sa main droite gantée, d’un geste vif il lui administre son produit dans le cou, elle perd connaissance, astucieux. Il l’emmène dans une ruelle sombre, il la baîllone puis attend. Elle reprend connaissance, je peux voir dans ses yeux la panique, elle essaie de crier mais je n’entend qu’un vague bruit étouffé, l’homme passe à l’acte, je le regarde faire, est-ce que j’ai l’air si sauvage quand je m’offre à ces femmes ? Elle est parfaitement consciente de ce qu’il lui arrive, je trouve ça excitant, voir sa peur et sa souffrance alors que lui n’est que plaisir, c’est magnifique, j’ai une érection. Voilà, c’est fini, il la regarde en souriant, elle pleure, il commence à l’étrangler, un bon point pour lui, doucement elle s’éteint, c’est fini pour elle. Il lui remet ses vêtements, l’étend sur le dos les bras le long du corps puis retouche sa coiffure, étrange rituel. Je m’approche discrètement et tandis qu’il se redresse je lui assène un violent coup sur le crâne à l’aide de l’un de mes marteaux de forgeron, il s’écroule sonné, je le refrappe, du sang jailli, je frappe encore, puis encore, pendant que je m’acharne sur son crâne je lui parle, « Elles sont à moi ! » quand enfin je suis sur qu’il est mort, j’arrête de frapper, je regarde son cadavre, bon anniversaire Dragan, les affaires reprennent.


L’âge de l’inévitable

Lyon, 14 juillet 1840

Je rentre tôt aujourd’hui, même au cœur de l’été j’ai rarement le soleil comme compagnon au retour de ma forge. Elisabeth et les filles sont parties à Paris pour quelques jours retrouver sa famille. Ces périodes de paix sont de précieux moments, propices à tous mes vices, j’aimerais en bénéficier plus souvent. Je trouve une enveloppe dans la boîte au lettre : « Joyeux anniversaire papa, on t’embrasse fort, grand-mère nous a acheté des robes toutes neuves, on a vu l’arc de triomphe de l’étoile, c’est vraiment magnifique, on t’aime fort fort fort, plein de bisous papa. », c’est l’écriture de Judith, un dessin accompagne le mot, un homme en train de forger une roue à la lumière d’un soleil au centre duquel brûle le nombre 51, c’est un très beau travail de Lise, elle a un don pour le dessin.
Je l’avais oublié, mais j’ai 51 ans aujourd’hui, c’est une très bonne occasion pour m’offrir un met de choix, de quoi apaiser mon insatiable appétit. Je partirais à la nuit tombée arpenter les rues lyonnaises à la recherche de celle qui aura l’honneur de recevoir une place dans mon assemblé. Un léger repas, et me voilà assit dehors à regarder le soleil décliner lentement sous l’horizon, j’ai déjà vu ma femme s’extasier devant un coucher de soleil, je cherche à comprendre, mais je n’arrive pas à toucher à cette sensation, ça me dépasse. Le soleil a complètement disparu, je l’ai fixé du regard jusqu’au bout et la seule conséquence résulte en un éblouissement qui s’amenuise lentement. La lumière dans le ciel commence à s’atténuer pour laisser lentement la place à la nuit, mon alliée la plus fidèle, silencieuse observatrice de mon œuvre sainte. Je suis une goutte d’eau sacrée qui purifie ce monde afin de le rendre meilleur, la main qui dirige mes actes est un instrument salvateur, je suis un brasier qui consume les infidèles et réchauffe les cœurs purs, j’accueille sans retenu mes élues, elles font parties de moi et je serais éternellement en elles. J’émerge de mes songes, un voile de ténèbres a recouvert la voûte céleste, une myriade d’étoiles scintillent dans le ciel, il est temps de partir en quête de la prochaine, étrange curiosité que le hasard des nombres, pour mes 51 ans je vais accueillir ma 510ème élue…

Elle est parfaite, jamais je n’aurais pu rêver plus belle offrande, depuis Lise jamais femme ne m’a autant plu, elle sera un chef d’œuvre, non, mieux que ça, car elle est encore plus appétissante que Lise, je suis comblé. Je la suis dans la nuit chaude et lourde de l’été, elle porte une robe blanche en lin qui laisse deviner tout son corps, elle ne porte rien dessous. Tous les regards se tournent sur son passage, quand je l’observe je n’ai qu’un désir, la saisir ici devant tous, la mettre au sol et lui enfoncer ma verge dans sa fleur en lui serrant le cou de toutes mes forces, qu’importent les témoins, qu’importent les conséquences, elle est à moi, rien au monde ne pourra se tenir entre elle et moi ; je viens de réaliser, je lui ai attrapé le bras, je le sers fort, quelques personnes intriguées regardent la scène, que m’arrive t’il ? Comment moi puis-je perdre le contrôle. Elle me regarde droit dans les yeux, je me sens comme transpercé, je la tire à moi et elle s’élance dans mes bras, sans réfléchir je la reçois avec une grâce qui m’est habituellement étrangère, je fais glisser un bout de sa robe sur le côté. Ce sein… Il est si parfait, si majestueux, je l’embrasse, je lui mord le têton doucement, pendant une fraction de seconde je revois ce sein à la forme parfaite dégoulinant d’un sang chaud et délicieux, c’est terriblement excitant. Je la regarde, elle sourie, elle s’offre à moi pleinement, elle est venue pour ça, je le vois dans son regard, elle sait tout de moi et pourtant elle me désire, c’est une déesse, je l’ai attendu toute ma vie. Dans la rue les badauds s’arrêtent comme hypnotisés par la scène, je vois le désir dans le regard de tous ces hommes, je peux sentir la jalousie qui les anime, c’est comme une bourrasque de vent en pleine tempête qui voudrait vous renverser, mais je tiens bon, je souris à pleines dents, elle aussi, un instant j’ai cru voir ses canines pousser… j’ai mal vu. Pour elle je ne pourrais tolérer une moindre paillasse, il lui faut une couche majestueuse, à la hauteur de sa divinité, son sacrifice est l’acte ultime, je la mène dans l’hôtel le plus luxueux de toute la ville, les humains sur notre passage se prosternent devant nous, le monde est à genoux devant ma grandeur, enfin ils me reconnaissent, enfin ils m’adorent, enfin je vais pouvoir les guider, cette nuit sera connu comme la nuit ou Dragan prit la tête du genre humain pour les mener sur les sentiers interdits de la vérité.
Nous sommes dans la chambre, à sept pas de moi se tient debout la femme enfant, incarnation de la perfection, ma divinité, ma révélation. Elle me regarde, je suis complètement envoûté, quel pouvoir ! Elle laisse sa robe glisser le long de son corps, ce moment est comme suspendu dans le temps, je goûte du regard chaque pore de sa peau, à chaque millième de seconde ce que je découvre est une véritable source de plaisir, elle est délicieuse… parfaite ! Elle recule avec grâce et se laisse couler sur les draps de satins de la couche nuptiale, l’autel sacrificiel qui n’attendait qu’elle… et moi. Je laisse tomber mes vêtements, je suis Adam, elle est Eve, nous sommes à l’aube d’un monde nouveau. Je m’avance, elle accueille ma plus belle érection en écartant ses cuisses de la manière la plus obscène qui soit. Je la pénètre avec toute la bestialité qui sommeil en moi et la baise sauvagement, je suis une bête, et elle… Elle est ma boîte de Pandore… Que j’ouvre sans retenu, je l’explore dans les moindres recoins, elle hurle son plaisir avec sauvagerie, cet acte n’a plus rien d’humain, c’est divin, jamais homme n’a connu ça, je suis l’Elu !!! J’explose de plaisir dans son sanctuaire et elle redouble de puissance dans ses hurlements, je l’entends crier dans ma tête, elle nous retourne, elle me domine, son corps parfait danse sur ma verge, je continu de jouir, ça ne veut plus s’arrêter, oui ma déesse, oui je suis à toi, va y tue moi, je serais le 510ème, ça a toujours été moi, je t’ai toujours attendu. Je la regarde droit dans les yeux, elle me fixe avec un sourire carnassier, je les vois, je vois ses crocs, je vois sa langue palpiter, ses papilles frémirent, « VAS Y PRENDS MOI !!!! » Et elle se jette sur moi, je sens ses crocs transpercer la chair de mon cou, et là je perds tout contrôle, mon esprit s’échappe de la réalité pour atteindre le nirvana, mon corps continue de jouir, mais à côté de ce qui se passe là haut… C’est indescriptible, milles déesses ne suffiraient pas à soulever la comparaison, c’est… plus que divin. Il fait noir, le plaisir s’échappe par tous les pores de ma peau, la vie m’abandonne, il ne reste rien de moi, mon esprit supplie : « Ô déesse, pourquoi m’as-tu abandonnée ? », elle m’a entendu, je sens son souffle glacé prêt de mon oreille : « Je suis là mon enfant, je ne t’ai jamais abandonné. Après mon corps, voici mon sang. Si tu veux vivre… Bois ! » Je sens un liquide chaud glisser sur ma langue, c’est délicieux, sublime, tout mon corps réagi à l’unisson, je la saisi avec poigne et je commence à boire son sang… ma vie ! Un flot ininterrompu d’hémoglobine s’écoule de son clitoris, je l’entends gémir, mes sens plus éveillés que jamais captent toutes les vibrations de son corps, elle aime ça, elle aime que je lui dévore sa vulve en me nourrissant d’elle, et elle m’éjacule un litre de sang au visage dans un dernier hurlement. Alors que mon corps commence a être parcouru de spasmes, ma tête tombe sur le côté, et je peux voir dans cette immense miroir mon visage couvert de sang et elle sur moi, toujours aussi belle, en train de rire et de me sourire, les crocs dehors, deux minces filets de sang séché aux plis des joues, après quoi… Tout n’est que souffrance !

Je reviens à moi. Un million de choses sont en train de changer à l’intérieur de mon corps. Je me redresse, je suis nu, seul et le visage couvert de sang coagulé. Assis sur le rebord du lit je m’observe dans le miroir, mon regard est devenu si… précis. Je peux discerner sans effort tous les infimes changements que cette transformation a apportée à mon physique, je suis toujours un homme dans la force de l’âge, mais subtilement amélioré, je suis plus séduisant. On frappe trois coups à la porte, une jeune femme entre en poussant un chariot, « Le repas que vous avez commandez. » Elle ne m’a pas encore vu… Enfin elle lève les yeux sur moi, je vois de la frayeur dans ses yeux, c’est vrai, je suis nu et j’ai du sang plein le visage, elle s’excuse et commence à reculer vers l’entrée de la chambre. Sans même y réfléchir je suis devant elle en un instant, j’ai déjà fermé a porte, elle a un mouvement de recul et s’apprête à crier, trop tard… pour elle, car je lui ai déjà plaqué une main sur la bouche et je la tiens fermement contre moi. Si prêt de son visage je peux sentir les effluves de son parfum mélangées aux phéromones de terreur qui emplissent l’atmosphère en s’échappant des gouttes de sueurs qui perlent partout sur son visage. La pauvre fille a une chair de poule sans précédent dans l’histoire de l’humanité. Un petit détail attire mon attention, une veine qui palpite au rythme des battements de son cœur paniqué, je me souviens de sa phrase en entrant dans la chambre, « Le repas que vous avez commandez. » Oui, le repas est servi ! Je sens mes crocs pousser, j’ouvre la gueule en grand, la plaque contre le mur, me délecte de la terreur dans son regard et croque son cou avec violence, immédiatement un jet de sang chaud et suave est propulsé au fond de ma gorge, c’est un délice. Lentement je me nourris, je sens tout mon corps se régénérer, tout doucement des changements s’opèrent dans mon cerveau, des sensations étranges m’assaillent, les visages terrorisés de mes victimes m’apparaissent par flashs, ça me met mal à l’aise, elles sont de plus en plus nombreuses, c’est un véritable déluge d’émotions, je me sens mal, c’est terrifiant, et là je le vois, ce visage, cette femme rousse… « Je suis ta mère… » dans un accès de panique je repousse violemment la jeune femme, une immense douleur m’envahit, je suis prit de soubresauts que je ne comprends pas, et je les sens, des larmes, des vrais larmes de tristesses, je m’approche du corps de la jeune femme… elle est morte, je la sers contre moi et je pleure, un flot ininterrompu de larmes s’échappent de mon être, 51 années de larmes que je n’ai jamais versées, je redresse mon visage pour me regarder une fois de plus dans ce miroir et ce que j’y vois me terrifie, une expression abattue, plus aucune volonté de vivre dans mon regard, je croule littéralement sous le poids de mes monstruosités, je ne suis plus qu’un amas de chair morte animé par un unique et terrible sentiment : la culpabilité. En retrait dans le miroir, je la vois, elle s’est rhabillée, toujours aussi magnifique, mais sa beauté semble fanée à la lumière de ce qui m’arrive, elle me regarde avec une petite moue moitié triste, moitié amusé. Elle prend la parole : « Appelle moi Lilith, je serais là pour te guider… pendant un temps tout au moins, après tu seras libre de faire ce qu’il te plaît. » Elle s’approche de moi et me détache du corps de ma 510ème victime. « Allé viens, il est temps de partir. »